Saint Martin and the Beggar

Saint Martin and the Beggar est une peinture de El Greco

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8 regards à Saint Martin and the Beggar

  1. Ivan Sigg dit :

    Voici un texte du pédagogue/philosophe Jiddu krishnamurti (1895-1986) extrait de « Carnets » 1961, texte que je me suis permis d’amender et d’annoter pour l’expliciter. Il me semble qu’il éclaire bien l’état d’attention face à une oeuvre d’art que nous essayons de susciter chaque jour sur ce site « Un Jour Une Oeuvre ».

    Regarder avec la pensée ou sans la pensée sont deux choses différentes. Regarder avec la pensée une œuvre d’art, garde le cerveau ancré au temps, à l’expérience, au savoir, au souvenir ; Le mécanisme de la pensée fonctionne sans arrêt, sans fraîcheur, sans repos (fonctionnement auto-protecteur du vieux cerveau); le cerveau, s’il n’a pas la capacité de récupérer, devient morne, insensible. Sans fin mis au défi (par les stimulis du réel et par les signaux du corps), sa réponse n’est ni adéquate, ni nouvelle. Ce regard de la pensée maintient le cerveau dans l’ornière de l’habitude, de l’évocation, de la mesure, de la comparaison et du jugement ; il se fatigue, s’engourdit (il ne fabrique pas de nouvelles liaisons neuronales et certaines mêmes se cassent); il vit dans les étroites limites qu’il s’est assignées et n’est jamais libre.

    Cette liberté apparaît quand la pensée ne regarde pas ; regarder sans pensée ne signifie pas observation vide, absence distraite. Quand la pensée ne regarde pas, qu’il n’y a que l’observation sans le processus mécanique de souvenir et de comparaison, de justification et de condamnation, ce regard ne fatigue pas le cerveau puisque tous les mécanismes du temps ont pris fin. Renouvelé par un repos total, le cerveau peut répondre sans réaction, vivre sans détérioration et mourir sans problème torturant.
    Regarder sans pensée un paysage, un tableau ou un être, c’est voir sans que s’interpose le temps, le savoir et le conflit.

    Cette liberté de vision n’est pas une réaction (comme la pensée ou le sentiment) ; toutes les réactions sont suscitées par des causes ; regarder sans réaction n’est pas une attitude d’indifférence, de désintérêt, ou de retrait insensible. Voir sans le mécanisme de la pensée est vision totale, sans division ni particularisme, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait point de séparation et de dissemblance. Le spectateur ne devient point tableau, ni le tableau spectateur. Voir sans pensée ne met pas le cerveau en sommeil ; il est au contraire pleinement éveillé, attentif, sans souffrance ni friction. Il n’y a plus alors « celui qui voit » et « l’œuvre vue», il n’y a que l’action de VOIR.

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  2. Corinne dit :

    Je regarde et je réagis , je vois totalement et j’éprouve , sans que mon regard en soit perverti et je suis doublement enrichie de cette bipolarité .
    Saint Martin illustre parfaitement ces 2 dons :voir et ressentir……et agir , par ce partage sublime.Il est un des Héros de mon enfance !
    Où êtes- vous , internautes que Krishnamurti and co ne convertissent ?

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  3. LANGRAND dit :

    pitié et compassion

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  4. Ivan Sigg dit :

    Lettre à un ami aveugle (il a un logiciel de transcription vocale)
    je veux te décrire un grand tableau vert, bleu et blanc que je viens d’observer longuement. Un jeune cavalier aux cheveux courts et aux traits féminins domine la scène. Il monte une immense jument blanche. Lui et sa monture emplissent tout le tableau. Il est richement habillé. De la dentelle ceint son cou et ses poignets. Dans sa main gauche le rêne droit ; dans sa main droite une épée qui semble marquer une frontière horizontale. Un long plaid vert passe sur l’encolure de l’animal, par la main gauche du cavalier et sur sa cuisse droite, formant un étrange cœur noir.
    Un jeune homme nu, musclé et sans un gramme de graisse, se colle contre le flanc du cheval. Son nez et sa bouche touchent presque l’avant-bras du cavalier. Ses jambes disparaissent tant elles ressemblent à celles de la jument. Il agrippe le tissu vert dans sa main gauche. Le reste du plaid tient en l’air par miracle et masque son sexe. Un autre sexe est masqué, celui de la jument par « le pied à l’étrier » du cavalier.
    Le jeune homme nu regarde tendrement le cavalier. Ce dernier regarde la main du jeune homme nu. L’index rose de cette main, effilé, tendu et légèrement courbe, bien mis en lumière sur fond noir, ne remplace-t-il pas le sexe caché par le tissu ? Quel est ce flot de tissu qui va d’un jeune homme à l’autre ? Ne peut-on voir un ou plusieurs serpents verts s’y entrelacer ?
    Le ciel bleu qui entoure la scène semble habiter de chimères blanches prêtes à griffer le cavalier. La partie du plaid qui pend sous le museau de la jument semble s’être métamorphosée en tête de serpent vert qui combat un rapace blanc !? Sous le poitrail du cheval un autre combat semble opposer un poisson et un oiseau !? Que représente ces affrontements à peine cachés? Le païen contre le sacré ? La pauvreté contre la richesse ? Le désir contre l’innocence ? L’assouvissement contre l’abstinence ? Le plaisir contre la souffrance ?
    La jambe gauche du cheval se lève au dessus d’un paysage de montagnes et de ruines. Son sabot semble en suspension prêt à écraser une étrange construction qui paraît être la roue d’un moulin et le ruisseau qui la fait tourner (la vie dans son mouvement qui peut s’arrêter si on fait le mauvais choix ?).
    Le jeune homme nu semble proposer plutôt que demander. A regret, avec son épée, le cavalier semble mettre une frontière entre lui et la tentation.

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  5. philarbor dit :

    Il n’y a que l’action de voir que je ne saurais transmettre. Les mots sont déjà une mémoire.

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  6. Ivan Sigg dit :

    Très juste Philarbor. La pensée est le mot et le mot est une accumulation de mémoire, d’expérience. Les mots sont conditionnés. Le mot n’est jamais le fait. La description d’un tableau n’est jamais le tableau. Les mots, les gestes, l’émotion, font obstacle à la vision.
    Mais quand les mots et la pensée cessent, le contact avec l’oeuvre se fait et sa réalité surgit.
    Pour entrer en contact avec ton commentaire, mon attention est nécessaire, mais si je veux échanger, partager avec toi, j’ai (hélas?) besoin des mots.
    Nous avons tenté plusieurs fois avec UJUO, de partager l’expérience individuelle du VOIR sans SAVOIR en direct, au Louvre, Galeries et dernièrement Musée Delacroix et Musée Henner. Quand nous additionnons nos regards sur une oeuvre (cela dure entre 30 et 40 minutes), il y a une flamme intense de compréhension qui surgit, une énergie émanant de chacun détruit le connu et nos regards croisés, libérés du savoir, du jugement et de la comparaison, créent quelque chose de neuf. Cette expérience nous bouleverse profondément à chaque fois et nous modifie.
    Viendras-tu avec nous la prochaine fois ? art-mitiés, Ivan

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  7. Corinne dit :

    je vois une épée qui partage ,elle n’est pas une frontière.
    je vois la rencontre de deux hommes s’échangeant un regard sans aucune ambiguité…dans les sables secs de la vie, ils se rencontrent .lLe cavalier est de ceux qui ne passent pas comme un aveugle devant un mendiant.
    Un pur instant de fraternité dans un monde de serpents , rien à salir par des allusions sexuelles……Je vois une oeuvre d’art parcourant les siècles, comme si celui qui l’avait réalisée avait trouvé la clef qui ouvre les coeurs des hommes de toutes générations.

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  8. Ivan Sigg dit :

    Je regarde encore ce tableau et je vois (aussi) que le geste du mendiant – qui n’est pas une paume ouverte demandant l’aumône) indique la terre
    Alors que dit-il ? « mets les pieds sur terre riche jeune homme, regarde la condition des humbles » ?
    ou bien  » Descend de ton cheval, défaits-toi de ta richesse et viens partager ma condition » ?
    Le visage du cavalier et l’épée (l’épaisseur d’une lame sépare les deux hommes, partage leurs deux mondes) semblent dire  » désolé je ne peux pas » mais le geste impossible de son bras gauche qui tient le rêne droit semble montrer qu’il hésite et qu’il va peut-être faire tourner bride à son cheval sur son chemin tout tracé : expression d’une prise de conscience qui va le mener à la sagesse ?

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