C’est la cravate à Papa

C’est la cravate à papa

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3 regards à C’est la cravate à Papa

  1. Shonagon dit :

    Un enfant tenant des 2 mains une corde de pendu et déclarant en regardant le spectateur selon la légende « C’est la cravate à Papa ».
    Derrière un buste de Napoléon avec des oreilles d’âne.

    L’image est une reproduction d’une gravure (vraisemblablement une lithographie) coloriée. Elle est donc destinée à être reproduite en de nombreux exemplaires.

    L’enfant est le fils de Napoléon et de Marie-Louise d’Autriche né vers 1810 (à vérif.). Je ne reconnais pas l’origine de son costume. c’est un costume militaire, vraisemblablement étranger, peut-être autrichien.

    La chute du régime impérial se déroule en 2 temps :
    – 1814 première abdication. Napoléon est exilé sur l’île d’Elbe, dont il est prisonnier et Roi… En France, c’est la Restauration, Louis XVIII , frère de Louis XVI accède au trône.
    Napoléon garde les honneurs, reste reconnu comme une personne royale.

    -1815 après un retour triomphal de Napoléon, le régime impérial est rétabli pour environ 100 jours jusqu’à la défaite de Waterloo.
    Napoléon est cette fois considéré comme un criminel, prisonnier de guerre. Il tente en vain de négocier une reddition honorable. Il est déchu de tous ses titres, de ses honneur, envoyé sur une île à l’autre bout du Monde, Sainte-Hélène, pour y être assigné à une modeste demeure.

    Il est possible dès lors d’émettre une hypothèse sur la date de production de l’image : après la deuxième abdication et avant l’exil à Saint-Hélène. Soit l’été 1815.

    L’âge de l’enfant pourrait tel qu’il apparait est difficile à déterminer précisément. La tête donnerait au moins 10 ans, mais la taille en rapport au buste, donnerait plutôt 5 ans. On constate ici encore que l’image populaire n’a pas vocation à être réaliste et ne s’insère pendant les canons de réprésentations issus de la Rennaissance.
    Néanmoins cela conforterait plus largement la période production 1814-1820.
    Autre détail notable le texte en français indique que l’image a été produite après la chute de l’Empire car avant il eût été impossible de produire ce type de gravure hormis en Angleterre où elles étaient en anglais.

    L’image est très épurée. On ne distingue que toirus éléments : un personnage, une corde, un buste.

    Le buste avec sa surélévation prend toute la hauteur de l’image. C’est une manière de signifier la grandeur de ce que fut l’Empire. L’ajout d’oreilles d’ânes tourne en ridicule la grandiloquence de la statuaire. Elle est en sens une invitation à la remise en cause des « Grand Hommes ».

    La cravate nommée par l’enfant est une corde. Or une cravate se met autour du cou, donc il signifie sa volonté de passer la corde au cou de son père. Mais il ne semble pas percevoir lui-même la portée de l’acte qu’il suggère car il parle de cravate, qui est en soi un accessoire vetimentaire. L’image est donc ambiguë concernant la volonté du fils.
    Malgré cette ambiguité de la volonté filiale le message de l’image est très clair : Napoléon doit être pendu ; et c’est même son fils qui le dit.

    Il y a un contraste entra la noirceur du buste et l’habit coloré et colorié de l’enfant. Il s’agit bien de signifier une opposition et même une rupture entre les deux. En 1815, pour les Alliés vainqueur de l’armée napoléonienne, autant Napoléon doit être traité en bandit, autant son fils, petit-fils de l’Empereur d’Autriche par sa mère, reste une personne sacrée.

    Il s’agit d’une image qui s’insère dans la tradition contre-révolutionnaire et qui est particulièrement violente sur 2 registres :
    – le parricide
    – l’exécution de Napoléon, a fortiri par pendaison. La pendaison étant dans l’ordre du registre des peines de l’Ancien régime particulièrement infamante (pour les proches bien sûr…). L’exécution la plus noble étant la décapitation et depuis la fin du XVIIIe le peloton étant l’exécution des militaires, comme pour Ney.

    Précisons que la violence de certaines gravures était commune pendant la période révolutionnaire.

    La réalité de l’épuration après 1815 fut bien moins violente que ne laisse supposer l’image. Une seule exécution célèbre : Ney, alors que les nouvelles autorités en place ont dans le même temps tout fait pour favoriser son évasion et sa fuite (qu’il a refusées). Les corps constitués furent en grande partie renouvelées, mais il n’y eut pas de grande chasse aux sorcières ni d’exécutions massives. Ce fut surtout un devoir de repentance et de fidélité à la monarchie sacrée, la restauration royaliste entendant réconcilier tous les Français.

    2 sentiments :
    – une certaine émotion de voir des enfants victimes des jeux de l’Histoire dont le destin fût scellé par le simple fait d’être fils de…
    Condamné à vivre dans une prison dorée. Il survécut plus qu’il ne vécut et fut emportée par la maladie dans sa 21e année (à vérif.).

    – autre émotion de voir les enfants utilisés à des fins de propagande. Ou comment uitliser l’innocence des enfants pour légitimer le crime.

    – une autre émotion de voir une image d’un fils inviter à la mise à mort de son père. Déclinaison pré-freudienne du thème œdipien ?
    La tendresse du regard semble terrible en regard de l’instrument de mort brandi par l’enfant.

    [Reply]

    Alexis Reply:

    Merci pour le regard et l’éclairage sur cette oeuvre, à très bientôt donc ! disons demain ? mais qu’aurons-nous demain ?

    (ce qui est presque secondaire : La date est 1813/1814 selon europeana et le musée de leipzig.)

    [Reply]

    Shonagon Reply:

    C’est gentil mais malgré tout la date me semble importante, parce qu’elle permet de mieux cerner le sens de l’image.

    La volonté affichée de vouloir exécuter Napoléon n’a pas le même sens suivant la date :
    – En 1813 il s’agirait plus de provocation suite à la bataille de Leipzig (en octobre). Les troupes françaises se replient vers le territoire national mais une défaite complète de la grande Armée sur son territoire n’est guère assurée (tant par la science militaire de Napoléon que par le souvenir de la résitance héroïque des troupes de l’armée de l’an II en 1793-1794) ; les coalisés vont d’ailleurs tenter de négocier pour finalement face à l’isolement croissant de Napoléon décider d’aller jusqu’à Paris.
    – En 1814-1815 suite à la première et au deuxième chute de l’Empire, la question du devenir de Napoléon se pose. Et quelque sorte cette gravure apporterait son opinion au débat, même si l’on peut en douter de l’éventualité réelle d’une telle option. La mort de Louis XVI a ébranlé toutes les monarchies européennes et exécuter Naopléon reviendrait à légitimer le régicide.

    Plus que le fait qu’il faudrait l’exécuter l’intérêt de la gravure est, il me semble dans la corde et ce qu’elle implique, la pendaison. Napoléon est un être « pendable », un bandit.

    Parmi les autres gravures, on en trouve 2 sur le thème populaire du « degré des âges » adapté à la carrière de Napoléon. L’une est une copie de l’autre, ou les deux sont peut-être une copie d’un autre document.
    http://museum.zib.de/sgml/satz.php?id=gr013849
    http://museum.zib.de/sgml/bilder/gross/gr017698.jpg
    Différence notable entre les 2 :
    Dans la première, la chute finale est marquée par une potence.

    En farfouillant, dans le fonds du musée de Leipzig, malgré l’importance du nombre de gravures, je n’ai pas trouvé pour la même période 1813-1816 d’autres gravure en français, toutes étaient essentiellement en allemand voire en anglais. Par ailleurs , je n’ai pas trouvé de référence dans d’autres fonds. La question de l’origine du document se pose. Une image en plus grande définition nous permettrait de lire le texte en bas à droite, vraisemblablement le nom de l’éditeur.

    Enfin toujours dans le même fonds, la demeure de Napoléon est loin d’être modeste :
    http://museum.zib.de/sgml/bilder/gross/gr017291.jpg

    [Reply]

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